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16 Feb

T’as d’beaux yeux Iris !

Publié par francois delcourt  - Catégories :  #Ostéopathie, #Ostéopathie : le crâne

T’as d’beaux yeux Iris !

« Voir, c’est avoir à distance » disait Merleau-Ponty comme pour « incorporer » le monde au sens littéral tout en étant hors de lui.

« La science manipule les choses et renonce à les habiter. » (Merleau-Ponty. 1964). Les représentations liées à la science sont trop objectives par rapport à celles des artistes, en l’occurrence les peintres auxquels fait allusion Merleau-Ponty. Mais l’objectivité scientifique nous aide parfois à donner du sens à nos représentations ostéopathiques sensibles.

Cet article fait écho à un autre qui concernait l’accompagnement thérapeutique en clinique ostéopathique. Il s’agissait d’une retranscription sous forme de dialogue d’une consultation dans une clinique ostéopathique dans laquelle j’intervenais comme enseignant accompagnant.

La patiente, venant consulter pour des symptomatologies à type de gonalgies et de cervicalgies, représente l’arquetype des motifs de consultations classiques en ostéopathie ; à savoir des problèmes musculo-squelettiques à type de douleurs.

L’étudiant avait travaillé sur la zone orbitaire à gauche, malgré des informations pertinentes de la région occipitale gauche liée à des suites traumatiques récentes. L’influence de la zone orbitaire gauche, en particulier l’œil, sur les zones cervicales hautes et crâniennes étaient flagrantes.

Le but thérapeutique était de trouver un nouvel état d’équilibre en inhibant les influences de plusieurs zones tissulaires venant du crâne et d’autres régions proches ou éloignées.

Il faut comprendre que le crâne, et la face en particulier, sont des zones « creuses » que l’on nomme des « matrices fonctionnelles ».

D'après Lieberman DE 2011.

D'après Lieberman DE 2011.

Une matrice fonctionnelle est un ensemble de tissus mous et de cavités associés à une fonction particulière ; par exemple la cavité buccale est associée à la phonation, la mastication, la ventilation, la déglutition. Ces différentes fonctions sont assurées par la langue, les muscles de la zone oro-naso-pharyngo-laryngée et tout le conjonctif de ces mêmes espaces.

Au cours du développement et de la croissance des informations génétiques, épigénétiques, fonctionnelles lors de l’activation des organes sensoriels comme l’œil, la langue, ou dans des fonctions de bases comme l’olfaction, la déglutition, la phonation, et bien d’autres, créent des remaniements osseux et non osseux (conjonctifs) permettant un développement harmonieux du crâne dans son ensemble.

D’après Moss : « la matrice grandit et le squelette répond », (Moss. 1971) ce qui veut dire qu’il existe une interdépendance subtile entre le développement des tissus mous et le développement osseux ; l’un ne grandit pas sans l’autre.

Cette idée d’une matrice fonctionnelle qui est "composée de tissus, organes, cellules non squelettique et espace fonctionnel (nasal, buccal et pharyngé) nécessaire à l'accomplissement d'une fonction" (Moss. 1968).

Pour lui : “la taille, la forme, la position et la permanence de chaque unité squelettique sont une réponse secondaire, compensatoire et obligatoire à la demande de protection et/ou de soutien mécanique de sa matrice fonctionnelle spécifique. » (Moss. 1986).

Pour Moss la génétique importe peu, la croissance se fait à l’aide de facteurs épigénétiques et des contraintes (environnement) locales.

Pour d’autres auteurs plus récents (Fleury 2006) : "il n'existe pas à proprement parler de gène d'une vertèbre. Il existe, certes, des bandes dans les embryons, des zones où tel ou tel produit chimique est identifié. Mais, il n'existe aucun gène qui entraînerait la formation d'une vertèbre". Selon certains (Farge. 2009), il est possible de modifier « mécaniquement » l’information génétique du développement (voir article mécanobiologie)

 

Si une fonction est perturbée, la morphologie de l’os est altérée, plus ou moins durablement ; les respirateurs buccaux et les dysharmonies de l’articulé dentaire en sont un exemple flagrant nécessitant une correction orthodontique la plus précoce possible.

Regardons la croissance d’un crâne dans la pathologie d’hydrocéphalie à pression positive (ce n’est que de « l’eau ») pour nous rendre compte des facultés d’adaptation morphologique de celui-ci.

La mastication et l’action de la langue fait que l’articulé dentaire se développe bien, les mouvements de l’œil, les mimiques faciales ainsi qu’une bonne respiration nasale font que la face se développe bien. Tout est lié.

Chez l’adulte, il en va de même à des degrés moindres dans le développement et la croissance bien évidement. Néanmoins, la persistance de ces mêmes fonctions qui ont permis le développement du crâne chez l’enfant, produit des contraintes sur l’os et les tissus mous que le crâne semble bien obligé d’adapter.

Les influences biomécaniques me fascinent et façonnent le crâne. Loin de moi l’idée d’évoquer la revendication ostéopathique thérapeutique d’une quelconque mobilité des os du crâne par l’intermédiaire de leurs sutures. La question est de savoir dans quelle mesure la persistance de ces sutures à l’âge adulte a une utilité et une fonction dans l’adaptation des contraintes que le crâne peut subir ? Jusqu’à ce jour personne n’offre de réponse claire et définitive.

Le crâne est donc creux comme on peut le voir sur le schéma ci-dessus. La face est formée par de nombreux os et des sutures les liant, supposé être déformable lors des contraintes subies.

Il y a une idée anatomo-fonctionnelle et structurelle habituelle qui est de considérer les vertébrés comme étant constitués de tissus mous à l’extérieur et de tissus durs à l’intérieur ; ce qui nous différentie des crustacés ou la disposition est inversée.

Chez l’homme ça reste vrai pour les structures appendiculaires comme les membres mais partiellement faux concernant le crâne, le thorax et le bassin.

 

Pour en revenir à notre consultation, la patiente présentait un glaucome. Sans avoir de prétention ni d’optique (humour…) de guérison de ce type de pathologie lors de cette consultation, l’élève a travaillé la zone orbitaire et a évalué les influences possibles de l’œil (le gauche en l’occurrence) sur la zone crâne (voute, zone orbitaire, zone ptérique, zone temporale).

T’as d’beaux yeux Iris !

Glaucome

Le glaucome est une maladie causée par une augmentation de pression intra-oculaire provoquant la destruction progressive du nerf optique et des cellules rétiniennes. Au début cette atteinte se situe sur la rétine périphérique puis progressivement vers la fovéa provoquant à long terme la cécité.

Cette pathologie représente la seconde cause de cécité dans les pays développés après la DMLA. Elle touche 1 à 2% de la population de plus de 40 ans et 10% après 70 ans, 800.000 patients sont traités, et environ 500.000 sont probablement atteints sans le savoir.

Des facteurs héréditaires sont trouvés dans 30% des cas, mais d’autres facteurs ont une grande incidence dans le déclenchement de la maladie. L’âge, la forte myopie, l’hypertension, le diabète, l’apnée du sommeil ou la prise de corticoïdes au long cours peuvent être des facteurs favorisants.

L’hypertonie oculaire est causée par une mauvaise évacuation des liquides intra-oculaire (humeur aqueuse et humeur vitrée) au travers d’un filtre nommé « trabéculum », cette hyperpression venant ainsi « écraser » et détruire progressivement les cellules rétiniennes. 

source: Inserm.fr

source: Inserm.fr

Il existe des glaucomes à angle ouvert dans lesquels le trabéculum devient moins perméable et l’iris ne gêne pas l’évacuation de l’humeur aqueuse ; des glaucomes à angle fermé ou l’iris bombé vient obstruer le trabéculum

D'après glaucome.fr

D'après glaucome.fr

Dégradation du champ visuel.

Le champ visuel représente l’espace perçu par un œil autour du point qu’il fixe. On peut cartographier cet espace au cours d’un examen ophtalmologique afin de déterminer les « trous » (on les appelle les scotomes) des zones rétiniennes impactées par le glaucome. Cet examen détermine l’acuité visuelle en périphérie.

En fixant un point lumineux avec la vision centrale, d’autres points de luminosité variable lui sont présentés en vision périphérique, le sujet détermine jusqu’à quel point il peut distinguer la luminosité périphérique présentée.

Les données sont représentées sous forme de carrés blancs ou noirs, blancs si la luminosité est perçue de façon correcte, noirs si la luminance même forte reste invisible.

La cartographie donnée est comparée à celles d’une population normale d’une même classe d’âge. 

T’as d’beaux yeux Iris !

L’image ci-dessous représente les bilans successifs du champ visuel droit de la patiente.

Au stade t=0, les caractéristiques du champ visuel droit sont symptomatiques d’un glaucome de stade II. Les stades intermédiaires à t=4 et 17 mois montrent une évolution de la maladie, au stade t=22 mois l’examen du champ visuel droit a été pratiqué le lendemain de la consultation ostéopathique. A l’évidence, les résultats de l’examen sont revenus à un stade antérieur, quasi initial, il y a 22 mois !

Plusieurs questions me viennent à l’esprit : les différents stades signent-ils une atteinte définitive du champs visuel ? Sinon jusqu’à quel moment l’atteinte est-elle transitoire ?

De l’aveu de son ophtalmologue, comment un traitement ostéopathique peut-il agir sur un glaucome ? 

T’as d’beaux yeux Iris !

Traitement du glaucome.

Le traitement consiste à donner des collyres de bêta-bloquants ou de prostaglandines, des traitement au laser (trabéculoplastie sélective) qui vont stimuler le trabéculum, ou chirurgicaux (trabéculectomie ou sclérectomie) peuvent être proposés. 

Hypothèses sur les résultats ostéopathiques

Lors de la rédaction de l’article sur le système glymphatique, je suis « tombé » par le plus grand des hasards sur un article (Wostyn 2015) intéressant faisant l’hypothèse d’un lien entre la désadaptation du système glymphatique et le glaucome.

Ils mettent en évidence l’existence d’un manchon arachnoïdien rempli de liquide céphalo rachidien entourant le nerf optique, et ce, du foramen optique jusqu’à la lamina cribosa. 

D’après Wostyn 2015.

D’après Wostyn 2015.

source : https://www.imaios.com/fr

source : https://www.imaios.com/fr

Selon le même principe physiopathologique que pour le reste de ce système glymphatique, l’accumulation de protéines Tau et une baisse des composés bêta-amyloïdes dans l’humeur vitrée (correspondant à une accumulation rétinienne) chez des patients présentant un glaucome.

Pour les auteurs, un flux existe entre l’humeur vitrée et la tête du nerf optique. Des injections de traceurs (Rodriguez-Peralta. 1966) faites à partir de la vitrée se retrouvent dans la région du nerf optique. Pour d’autres, ces composés vont même jusqu’aux espaces péri-neural et péri-vasculaires sans communication avec les vaisseaux du nerf optique.

Des injections de traceurs au niveau cérébral se retrouvent de la même façon dans la partie antérieure du nerf optique.

On peut faire l’hypothèse que dans le cadre d’un glaucome à pression normale, la perte de clairance des composées de dégradation facilite leur accumulation dans la rétine et le nerf optique favorisant la neuro-dégénérescence.

Dans le cadre d’un glaucome à pression élevée, la perturbation de la physiologie normale du système glymphatique favorise l’augmentation de pression du CSF et de l’ISF dans les zones externe du globe oculaire entraînant une augmentation de pression intra-oculaire. L’évacuation liquidienne ne se faisant ni en aval (au niveau du trabéculum) ni en amont (autour du nerf optique), le glaucome se constitue inexorablement. 

source : https://www.imaios.com/fr

source : https://www.imaios.com/fr

En ostéopathie, travailler sur la rigidité des tissus mous de la cavité orbitaire ou de celle de la zone orbitaire osseuse peut-elle réduire la pression extra ou intra-orbitaire ? Le nouvel état d’équilibre conjonctif permet-il manuellement d’agir sur la matrice fonctionnelle orbitaire et de réduire cette pression ? Il serait intéressant et novateur d’établir des protocoles d’études cliniques afin de répondre à ces questions. 

Références

Merleau-Ponty Maurice. L’œil et l’esprit. Gallimard. 1964.

 

Lorenzo Vinciguerra et Fabrice Bourlez (éd.). L’Oeil et l’Esprit. Merleau-Ponty entre art et philosophie. Reims. Epure. 2010.

 

Moss M.-L. Functional cranial analysis and the functional matrix. A.S.H.O Reports 6. 5-18. 1971.

 

Moss M.-L. Nouvelles conceptions analytique de la croissance cranio-faciale. CEO. Nov 1985. Inf Dent. 4. 193-200, 1986

 

Moss M.-L. The primacy of functional matrices in orofacial growth. Dent Pract 19. 65-73. 1968

 

Fleury V. De l’œuf à l’éternité. Le sens de l’évlution. Flammarion. 2006.

 

Farge E. L’embryon sous l’emprise des gènes et de la pression. Pour la science. 379. 2009. 42-49

 

Lieberman DE (2011a) Epigenetic integration, complexity, and evolvability of the head: rethinking the functional matrix hypothesis. In: Epigenetics: Linking Genotype and Phenotype in Development and Evolution . (eds Hallgrimsson B, Hall BK), pp. 271–289, Los Angeles: California University Press.

 

Wostyn Peter. Van Dam Debby. A new glaucoma hypothesis: a role of glymphatic system dysfunction. Fluids Barriers of the CNS (2015) 12:16 DOI 10.1186/s12987-015-0012-z

 

Rodriguez-Peralta LA. Hematic and fluid barriers in the optic nerve. J Comp Neurol. 1966;126:109–21.

 

Peyman GA, Apple D. Peroxidase diffusion processes in the optic nerve. Arch Ophthalmol. 1972;88:650–4.

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B
J'ai conseillé à un patient de 80 ans qui présentait un glaucome , un exercice appris auprès de J M Michelin pour le drainage de l'oeil:il s'agit de fermer les paupières et en même temps relever les muscles frontaux..<br /> Lors de la consultation d'après le patient s'exclame " formidable votre exercice: je n'ai plus mal au cou". Je ne l'ai jamais revu depuis . En tout cas il était content.<br /> Geneviève
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